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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 18:05

Voici la réponse de Marie Desplechin à la mail de remerciements après la rencontre de jeudi dernier:

 

Chère Madame,

c'est moi qui vous remercie. J'ai passé un moment délicieux avec votre classe et vous-même. J'ai été très séduite par la gentillesse des jeunes gens, et par leur spontanéité. Ils semblaient bien dans leur peau et contents de participer. Merci aussi (et bravo pour la rapidité) pour l'article sur le blog, très bien fait.
Bien amicalement.
Marie Desplechin

 

Et un extrait de l'écrivain publié en 2004, sur la récré dans la cour de l'école:

 

Je suis affligée d'un naturel chagrin. Je n'aime pas la classe, parce que nous y sommes rangées, ordonnées, commandées (nous sommes avant 1968). Je n'aime pas non plus la récré. A la tyrannie des maîtresses succède une autre, aussi redoutable, celle des petites filles en blouse qui imposent leur ordre sur le carré de bitume. 

Nous avons quitté la classe et descendu les escaliers en silence et en rang. Sitôt passé la porte du préau, les petites filles se sont égaillées. Pour un observateur extérieur, cette dispersion, ces courses, ces mouvements sont illisibles. L'anarchie? Bien au contraire. Des hiérarchies sévères gouvernent tout ce qui se passe dans la cour. Des classes éparpillées sont sortis de nouveaux groupes. Chacun possède son coin de cour, son pourtour d'arbres, son mètre de grille. Chacun organise son jeu, dont il est seul à connaître précisément les règles. Ici, on joue aux princesses et aux brigands. Ici, on fait des rondes. Ici, des tournois de saut à la corde. On n'entre pas si facilement dans une bande, et on n'en change pas comme on veut. Il faut s'y faire admettre, adouber. A défaut d'aimer la vie en société, il faut au moins savoir s'y faire une place. Rien à faire. Je n'y arrive pas. Je peux toujours me consoler avec mon goûter. Les mamans le préparent le matin et le glissent dans un petit sac de tissu qu'on range dans le cartable. Le mien ferme avec un lacet. Maman y met des tartines beurrées qui sont encore fondantes à 10 heures.

ima.jpg

De ma poche, je sors mon beau palet de marelle. Il est large, de bois blanc, usé sur les bords juste comme il faut. Dessiner des marelles au sol est autorisé (à la différence du jeu de billes qui est interdit). Et puis, à la marelle, on peut jouer seule. Je m'amuse aussi avec des osselets ou avec des ficelles qu'on enroule autour des doigts et qu'on fait glisser pour dessiner des figures. A force, je me lie avec d'autres sans-groupe. Nous formons une libre association qui se tient à l'écart des grands événements et des grandes passions. Nous passons nos vingt minutes à l'air libre à proximité des maîtresses de service qui veillent distraitement au bord du ring. Elles sont parfois rejointes par Mme la Directrice, qui est un personnage formidable. Toutes ces dames bavardent entre elles. Elles interviennent peu dans la vraie vie des petites filles. Amenées à sévir, elles le font avec regret, avec vigueur et à l'aveugle. Puis elles se désintéressent. Dans la cour, ni la justice ni la loi ne relèvent d'elles. La cour appartient à celles qui l'occupent. Ce qui n'a rien d'une sinécure. Je ne suis pas plus heureuse au milieu de mes semblables. Voilà ce que je suis en train d'apprendre, tandis que je sautille sur un pied jusqu'au ciel de ma marelle."                                                            images-copia-2

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commentaires

alessia 16/10/2014 17:56

buongiorno a tutti che belle le copertine

chiaraID 02/10/2014 20:27

che belle copertine